Comédie de Reims : Dernier lancement de saison pour Chloé Dabert
Mardi 8 septembre, ouverture en fanfare — littéralement — de la saison 2026-2027 de la Comédie de Reims. L’émotion était palpable, et ce, pour deux raisons : tout d’abord, c’est la dernière saison de la directrice Chloé Dabert, qui part en janvier prendre la direction du Théâtre national de Bretagne, centre dramatique national de Rennes, mais aussi parce que la situation économique et les restrictions budgétaires qui s’ensuivent ont de quoi inquiéter tous les amoureux de la culture.
Et Chloé Dabert a conclu son discours par une citation de Jean-Luc Lagarce qui confirme l’adage latin in cauda venenum — « c’est à la fin que se trouve le venin » — et qui fait écho à son propre engagement :
« Nous devons surveiller le mal et la haine que nous nourrissons en secret sans le savoir, sans vouloir le savoir, sans même oser l’imaginer, la haine souterraine, silencieuse, attendant son heure pour nous dévorer et se servir de nous pour dévorer d’innocents ennemis. Les lieux de l’Art peuvent nous éloigner de la peur et lorsque nous avons moins peur, nous sommes moins mauvais. »
Du luxe et de l’impuissance, Jean-Luc Lagarce.
Fort à propos dans le contexte politique actuel : c’est quand la culture souffre le plus de coupes budgétaires que nous sommes plus que jamais convaincus de son caractère essentiel, vital.
Et cette dernière saison menée par Chloé Dabert se révèle éclectique, vibrante, protéiforme — en attestent les partenariats avec La Comète ou l’Opéra de Reims. La musique y occupe aussi une place importante, tandis que les disciplines se croisent et se répondent : théâtre, chant, musique, danse, arts visuels… Suffisamment pour nous rendre l’espoir, au contact de nos semblables : une communauté de rêveurs, d’idéalistes qui voudraient réenchanter le monde à coups… de culture.
Focus sur trois créations de la Comédie
Vous trouverez du drame intime en novembre.
À la renverse vous permettra de retrouver le « temps de la complexité et le vertige de la pensée », comme le promet Noëmie Ksicova, autrice et metteuse en scène. Une représentation sera suivie d’un échange avec l’équipe.
En décembre, on pourra suivre, dans L’Odeur des tissus, la retraite spirituelle de sept femmes qui puisent dans cette communauté l’énergie pour se reconstruire.
Créé à la Comédie en 2025, Au-delà de toute mesure, d’Elsa Agnès, revient quant à lui en février. Dans le silence d’un musée imaginaire de Venise, trois personnages se rencontrent, contemplent les œuvres, apprennent à se connaître : peu à peu, la parole se libère et les passions refont surface.
Mais ce goût du croisement entre les arts se retrouve aussi ailleurs dans la saison.
Vous trouverez ainsi du grand spectacle musical flamboyant à l’Opéra de Reims avec Orlando – A Melancholic Portrait, mis en scène par Simon-Pierre Bestion autour de la vie d’Orlando di Lasso, fascinant compositeur, insaisissable et multiple, tour à tour chanteur prodige, voyageur, courtisan ou diplomate — une personnalité hors norme et un musicien incontournable du XVIe siècle. Avec, là encore, Anne-Lise Heimburger, artiste associée à la Comédie.
Et, au moment de Faraway (le festival international des arts à Reims, qui invite chaque année des artistes et des compagnies venus d’ailleurs), une tout autre communauté que dans L’Odeur des tissus, masculine cette fois, fera vivre les salons de barbier de Barber Shop Chronicles, en février à la Comédie. Plein d’humour, le spectacle dépeint une galerie de personnages hauts en couleur et nous mène de Dakar à Bruxelles, au fil de conversations où se croisent politique, intimité et masculinités.
Il sera finalement bien difficile de faire notre choix, puisque nous avons aussi été fort intrigués par Sans faire de bruit, Ce soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid, La Nuit des rois, Dear Prudence, Une Cerisaie à Châlons, Pour Britney pour le Pop Women Festival… et que nous ne voudrons surtout pas manquer le nouveau chapitre du collectif Radio Live.
Bref, il y en a pour tous. Venez nombreux, entre amis, profitez de la fête et prolongez la soirée au restaurant de la Comédie, l’Arboretum, un lieu convivial. Anaïs Lasvigne



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