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Rencontre avec Pierre de Maere

il y a 5 jours
8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 12 heures

À l’occasion de la sortie de son deuxième album Ave de Maere, Pierre de Maere s’est confié à Lisa Van de Walle pour Bokal. Un disque plus intime et plus humain, nourri de premières fois, d’amours heureuses ou foireuses et d’une bonne dose de vulnérabilité. Rencontre avec un artiste qui se raconte sans filtres, avant de retrouver la scène et de lancer sa tournée à Reims.


Tout d’abord, est ce que tu peux te présenter pour celles et ceux qui ne te connaissent pas ?


Bien sûr ! Alors je m’appelle Pierre de Maere, je suis belge, j’ai 25 ans, je suis auteur, compositeur, interprète. Et le 25 septembre sort mon deuxième disque qui s’appelle Ave de Maere, et qui malgré son titre tout à fait fou, est rempli de maladresses, de vulnérabilités et d’histoires vraies. Histoires vécues de premières fois que j’ai vécu ces dernières années. Je raconte plein de choses, plus ou moins jolies, ou très moches parfois. Des histoires d’amour foireuses et réussies aussi. Plein de choses comme ça. Mais on le découvrira aussi au fil de l’interview ! J’habite à Paris depuis 5 ans et ça fait autant de temps que je fais de la musique et que ça me permet d’en vivre. Voilà le tableau.


Comment as-tu commencé à faire de la musique ?


C’est venu un peu par hasard, très très tôt. J’avais vers 11, 12 ans quand j’ai commencé à composer, mais dans une langue qui n’existait pas, c’était du yaourt qui s’approchait plus de l’anglais que du français. Je m’appelais Cheap, comme “bon marché”. Je prenais aussi des cours de batterie depuis mes 9, 10 ans, et ça a duré 10 ans. Et donc en battant je m'accompagnait en chantant, et c’est comme ça que j’ai commencé à écrire des chansons en français. Et puis il y avait aussi l’Ipod Touch, Garageband. C’était plus une impulsion de l’ennui à la campagne, des cours de batterie, et même de mes parents qui ont toujours été très généreux vis-à-vis des instruments de musique, c’est drôle. Sur mes photos d’enfance on est toujours entourés d’accordéons, de Djembés, de fausses guitares électriques.


Comment décrirais tu ta musique en 3 mots ?


C’est hyper dur ! D’autant plus qu’elle a vachement changé entre le premier et le deuxième disque. Parce qu’à l’époque j’aurais plutôt dit baroque, romantique certainement. Là ça a vachement changé parce que l’album est plus dépouillé, les productions sont à la fois plus riches en termes de composition, mais je trouve que l’on perce mieux les éléments, il y a moins d’informations. Mais il faut que je trouve 3 mots… Je pense que l’on peut dire aérien, à certains endroits, notamment dans le dernier titre. Pop, quand même. Pour moi c’est un terme très noble même si d’autres me diront l’inverse. Mais pop parce que la pop c’est lisible, tout le monde peut se l’approprier. Et dernier mot, humain, sur ce disque y’a beaucoup plus d’instruments joués, la voix est très peu traitée et moins lisse.


Tu disais qu’il y avait de gros changements entre tes deux albums. Qu’est-ce qui a changé et comment s’est faite cette mutation ?


Je pense que l’on construit toujours un peu le disque d’après en opposition avec le premier. On a tellement baigné dans le premier disque, on a tellement entendu plein de retours. Je prends pas mal en compte les critiques, même si ce n’est peut-être pas l’idéal. Mais je pense que c’est l’idée même de grandir. En tous cas je ne voulais pas faire le même disque, même si je suis très fier du premier malgré ses maladresses. J’avais juste envie de me renouveler, c’était important pour moi pour ne pas me lasser de la musique, et de ne pas lasser l’auditeur. En plus sur le premier je n’ai eu que 6 mois pour le faire parce qu’il y avait le tube Un jour je marierai un ange, et il fallait vite rebondir. Je n’avais fait que 15 maquettes pour garder 12 titres définitifs donc très peu de marge d’erreur. Ici c’est tout l’inverse, j’ai pris le temps de m’essayer à plein de choses. J’ai fait plus de 100 maquettes et j’en ai gardé 12. Et puis ça a aussi beaucoup évolué parce que j’ai beaucoup vécu en 3 ans. Quand j’ai écrit le premier album j’avais 19 ans, j’ai vécu jusqu’à mes 18 ans dans la campagne belge, donc je partais un peu de rien. J’étais pas encore en phase avec moi-même, sur les amours notamment. Il a fallu que j’ai 18 ans pour enfin accepter ma sexualité et le fait que j’aimais les hommes. Même si je mets pas ça au centre de ma vie, c’est ça qui m’a permis de vivre mes premières amours, mes premières ivresses, mes premières sorties. Et donc ce que j’aurais dû vivre à 15 ans, je les ai vécues à 19 ans, et donc tout ça je l’ai écrit dans ce disque, ces enchaînements de premières fois. Et le dernier morceau, je m’en souviendrai, c’est ma première histoire d’amour réciproque, heureuse et équilibrée. Je suis d’ailleurs très content que ça se termine sur une note joyeuse.


Donc là, au moment où on se parle, on est à quelques jours de la sortie de ce prochain album, Ave de Maere, comment tu te sens ?


Je me sens bien. Je suis très excité, j’ai hâte de recevoir les retours, de ceux qui me connaissent comme de ceux qui vont me connaître à travers l’album. Ça fait partie du jeu et c’est quelque chose que j’aime bien. Je me pose évidemment bien plus de questions que sur le premier, parce qu’il n’y a plus cette insouciance justement. Y’a pas forcément plus de calculs, mais plus de repères. Il vaut mieux faire une vie sans attente, mais j’en ai malheureusement plusieurs. Je me compare beaucoup à moi-même. Les stratégies, les promos, j’aimerais ne pas y penser, mais c’est parasitaire dans mon esprit. Ça ne m’empêche pas d’être heureux, mais je me pose forcément plus de questions qu’avant, je suis peut-être un peu plus névrosé autour de cette sortie, mais je suis quand même tellement heureux de l’objet que je présente, je le trouve beaucoup plus intéressant que le premier, il y a plus de profondeurs, de nouvelles lectures, et les gens qui m’aiment ne pourront que mieux me connaître grâce à ce disque.


En écoutant l’album, personnellement j’ai ressenti dans les titres, et surtout les paroles, une vraie volonté de laĉher prise et de s’émanciper du regard des autres, de ce qui est considéré comme normal. Est ce que c’était une volonté et comment as tu réussi à transposer ça dans l’album ?


Ouais, moi j’aime bien l’idée de déculpabiliser un peu les gens qui m’écoutent, et donc de tout raconter sans me poser la moindre question. Quand j’écris mes textes, je les fais lire à peu de monde. Il n’y a que mon frère qui peut me réorienter si c’est à côté de la plaque, mais globalement je m’écoute moi. Et puis c’est plus facile de dire des dingueries dans ses textes qu’en interview par exemple, même si j’ai pas trop de mal à le faire quand même ! Mais je pense que surtout, j’ai la chance de ne pas être pudique et de ne pas avoir de grands tabous. Mes parents connaissent tout de moi alors que ça pourrait être la figure à laquelle on a le plus de mal à partager les choses. Et dans ma vie, quand il m’arrive quelque chose de honteux ou quelque chose de moche, la façon que j’ai de digérer l'événement, c’est de le dire à tout le monde. Et donc c’est ce qui se passe un peu sur le disque, mais je raconte tout et je me positionne parfois en souillon d’amour, je cours après des choses auxquelles je ne devrais pas, je suis guidé par mon désir… Il y a plein d’endroits qui sont assez intimes. Mais je n’ai honte de rien et j’ai envie que les gens, eux aussi, n’aient honte de rien. Et le jour où on tue la honte, en vrai, il y aura beaucoup moins de problèmes ça j’en suis certain. Donc oui ce disque sert un peu à déculpabiliser, à faire du bien à ceux qui se sentent chelous, et qu’ils se rendent compte que Pierre de Maere est encore plus chelou !


Le titre de cet album dont tu es le plus fier ?


Oh là là, c’est dur… Ils sont tous très différents, mais j’aime beaucoup le dernier morceau, je m’en souviendrai, pour sa musicalité, sa sensibilité… Le premier morceau aussi. Le premier et le dernier morceau sont tous les deux très beaux et me racontent bien. Musicalement je suis très fier aussi du premier single, je pense à vous, que l’on porte encore aujourd’hui. Il fait plaisir parce que c’est une chanson joyeuse, et c’est de plus en plus rare. C’est dur de faire une chanson joyeuse et pop sans que ça tombe dans un truc un peu “cheesy” (c’est-à-dire trop naïve ou ringarde, ndlr). Et je trouve que j’ai réussi ça sur ce morceau donc j’en suis très heureux, peut-être pas avec autant de brio ou de talent, mais un peu à la façon de Mika sur ses premiers disques. C’est un

peu ça l’influence pour ce single. Je ne vais pas tous les citer mais en voilà quelques-uns.


Tu seras donc de passage à la Cartonnerie de Reims le 5 novembre prochain pour la première date de la tournée. Comment appréhendes-tu ce début de tournée ? Et en plus dans cette salle que tu as déjà pu côtoyer ?


Oui je suis effectivement déjà venu à Reims et j’en ai un très très bon souvenir ! Il me semble d’ailleurs que c’était déjà tôt dans la tournée. J’appréhende ça après beaucoup d’impatience et moins de crainte qu’à la première tournée. J’ai l’impression d’être mieux armé. Sur la première tournée j’ai beaucoup appris à chanter, à bouger mon corps sur scène, à être bien et à occuper l’espace, à m’entretenir avec les gens… J’ai plus vraiment la crainte de me sentir tout nu sur scène. En plus on va avoir une très belle scénographie signée par un duo de scénographes vraiment brillants : Pierre Claude et Sébastien Richardson. Pierre Claude est notamment l’artiste derrière les scénographies de Air, Phoenix ou encore Gesaffelstein. Donc les plus belles scénographies françaises, c’est lui. Ils ont fait un truc très beau. J’aurai donc 4 musiciens, un de plus que la dernière fois, c’est un guitariste qui nous rejoint, ce qui fait que ça va être encore plus habillé musicalement, riche et humain comme je le disais.

J’ai hyper hâte de la scène, je pense que je suis prêt à délivrer quelque chose à la hauteur du disque, qui est très agréable à entendre, avec un confort d’écoute que je veux retransmettre sur scène, je n’ai pas envie de casser les oreilles du public. Je veux faire en sorte que ça soit un concert dynamique mais confortable. Mais voilà j’ai très hâte, la set list est prête, il ne reste plus qu’à répéter.


Et pour toi, quel est le secret ultime pour réussir sa tournée ?


D’abord c’est d’être bien entouré. Je pense qu’il faut s'amuser pour que ça soit bien. Si il y a de l’ennui ou de l’inconfort, le public s’en rend compte. Être entouré d’amis un peu comme une colonie de vacances. Je pense qu’il y a aussi une hygiène de vie à avoir. Il y a quand même des notes aiguës et des performances vocales à assurer, donc il faut une hygiène pas trop dégueulasse, j’arrête de boire par exemple pendant la tournée. Je ne suis pas à l’armée mais je suis quand même plus discipliné. Et puis il y a surtout penser chaque date comme un moment. Ce n’est pas juste un enchaînement de dates. J’ai envie qu’à chaque date, c’est comme si je ré apprenais le concert. On prend beaucoup de temps le matin pour changer les arrangements, ajouter une reprise ou autre chose. C’est ce que l’on va essayer de faire. Même dans les looks, j’aimerais beaucoup par exemple arriver avec les cheveux noirs à Reims, et puis arriver avec les cheveux blonds le lendemain ailleurs. En fait, tout est tellement documenté sur les réseaux sociaux, On voit tout, tout le temps en amont et tout est spoilé, et donc j’aimerais parvenir à étonner encore. Je ne sais pas encore comment mais ça fait partie de nos objectifs. Et donc considérer chaque date comme un concert à part entière, et ne pas être inscrit dans une foulée. Interview : Lisa Van de Walle Photo couverture : Martin Kempski

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