« Fleur de sel », l’hymne aux rémois d’ATØM The Storm
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours
C’est quoi, ATØM The Storm ? Un ego trip assumé, mais surtout un ego trip salé. Et pas n’importe quel sel : celui qui politise, celui qui se glisse dans toutes les fractures, sociales comme générationnelles.
« Fleur de sel » s’annonce comme un hymne à la jeunesse rémoise et, surtout, se révèle taillé pour la scène. Ce n’est pas anodin, puisque le texte nous exhorte à nous « rapprocher ». L’injonction porte un double sens : il faut se rapprocher de la scène, bien sûr, mais aussi se rapprocher les uns des autres. À la fin du morceau, le mixage donne l’impression d’entendre des témoignages radiophoniques, ce qui renforce encore le sous-texte politique : le concert devient un lieu de rassemblement, mais surtout d’éveil des consciences.
Il est difficile de dissocier Reims de son champagne et donc d’une bourgeoisie qui s’installe en son centre ou sur ses coteaux. Alors, la ville peine à résorber une fracture sociale certaine ; dans « Fleur de sel », les deux Reims sont chacun symbolisés par un lieu : d’un côté, la cave de champagne ; de l’autre, le stade de Reims, qui incarne davantage l’union populaire. ATØM The Storm se situe à l’intersection de ces deux pôles. « J’suis élevé en fût de chêne », confie-t-il, comme si le champagne coulait dans son sang : une adhésion franche à ses origines. Il ajoute d’ailleurs que « ça coule de source ». Intéressante manière de filer les métaphores, de les éluder, puis d’y revenir par surprise, tout en laissant planer l’ambivalence des jeux de mots.
Hymne générationnel, peut-être, mais hymne qui n’oublie pas d’honorer ses inspirations : Kool Shen, l’OL, comme autant de vecteurs de foi, de figures qui ont osé briller et montrer la voie. « Fleur de sel » se fait ode à la réussite, celle qui est décomplexée ; le titre exhorte les jeunes à rêver haut et à rêver fort. « Reims, la belle endormie » se réveille au son du rap. « J’suis fleur de sel sur cette ville, gros, j’mets un peu de saveur, oui. » Il y a de la satire, ici. Reims est présentée comme une ville sans saveur, une ville qui manque de caractère et qui, par conséquent, n’inspire peut-être pas sa population. Une ville, surtout, qui ne sait pas toujours reconnaître ni valoriser ses talents populaires. Cela tombe bien : chez Bokal, on est aussi là pour ça.
« C’est toujours le 51, frère. Je viens d’une ville de fou où, sur l’année, y’a moins de bus que de grèves. »
ATØM The Storm n’oublie pas de tacler un service censé relever de l’utilité publique et qui reste essentiel aux jeunes. Derrière la punchline, une critique se dessine : la ville paraît se désintéresser d’une partie de sa jeunesse ou, du moins, ne pas lui offrir les moyens de circuler, de se rencontrer et d’occuper pleinement son territoire. « Bien sûr qu’ils doutent, mes paternels. C’est pour ça qu’mes patterns de rimes sont étudiés, genre scalpel. » La rythmique se pare ici d’une paronomase : de « paternels » à « patterns », il n’y a qu’un pas. L’artiste montre qu’il souhaite faire ses preuves et présenter un travail de qualité, presque chirurgical, pour lutter contre le syndrome de l’imposteur et conquérir sa légitimité. Il y a là un paradoxe intéressant, puisqu’il cherche à faire un pied de nez aux dogmes tout en se montrant très soucieux du regard des autres, notamment de celui de ses proches. « Je parle du niveau, pas des paroles. Si j’les écoute, je me taille les veines. »
Il rêve de textes qui inspirent, qui poussent à rêver, à se dépasser, à relever des défis. C’est peut-être cela, son hymne : une musique qui ne se contente pas de représenter une génération, mais qui lui donne l’envie d’agir.
« Les non-dits, pas de ça chez nous, la vie est courte, parlons-en. »
Il s’agit d’afficher ses victoires pour briller, sans pour autant taire ses échecs. Les assumer, en parler, refuser la langue de bois. Le rap devient un espace de franchise où la réussite ne gomme jamais les échecs et les doutes.
« Nique tous les fachos, ouvrez les yeux, ouvrez les yeux, les reufs. »
Un regret affleure ici : celui de voir une partie de la jeunesse insuffisamment politisée ou, du moins, insuffisamment consciente de ce qui se joue dans les discours qu’elle relaie.
« En fait, c’est peut-être condescendant, mais je me dis qu’il faudrait éduquer les gens. Et… ou alors ceux qui le font en toute connaissance de cause : allez vous faire foutre. »
Il y a de l’optimisme dans ce propos, et surtout une démarche presque pédagogique. ATØM The Storm suggère qu’une partie des électeurs des mouvements suprémacistes adhère à ces idées par manque d’éducation, donc sans pleine « connaissance de cause ». Il maintient ainsi l’idée qu’un dialogue ou, du moins, un travail de transmission reste possible.
« Moi, ils me font pas peur, en fait, ils me font juste pitié. »
Il prend alors de la hauteur en évoquant la pitié qu’ils lui inspirent. Une manière de retirer à l’adversaire son pouvoir d’intimidation, et donc de le discréditer. La peur change de camp : celui qui prétend dominer devient simplement pitoyable.
Alors, il faut comprendre que l’ego trip générationnel répond à des codes et qu’ici, il n’est que prétexte à insuffler de l’espoir à la jeunesse. Si l’auteur chante sa réussite, il invite surtout ses pairs à assume leurs rêves. ATØM The Storm y revendique une ville, des origines, une génération, tout en pointant ce qui les fracture, avec de l’esprit et en ramenant un peu de sel dans la cité des sacres.
Anaïs Lasvigne



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