Zola…pas comme Émile !!!
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La Comédie de Reims a accueilli le festival Méli’Môme avec un brillant seul en scène signé Forbon N’Zakimuena. Artiste mais aussi diplômé en médiation culturelle, il déploie un spectacle dont le rythme, les entrelacs culturels et les astuces pour capter l’attention des jeunes relèvent presque de l’exorde au sens cicéronien du terme. Il suscite l’adhésion et ouvre un espace de dialogue sans jamais cliver : les élèves croient d’abord à un bug technique — lumières qui se rallument, son qui se crashe —, murmurent, puis se taisent à l’entrée de l’acteur. L’attention, dès lors, ne se relâchera plus !
Non seulement, il sait comment capter l’attention des adolescents et la garder, jouant avec le quatrième mur, alternant les registres, du one-man-show à des saynètes plus poétiques, mais il ne confond pas accessibilité et mépris de classe. Ici, tout est brillant : on ne prend pas de haut le jeune public. Le rythme ralentit parfois et il s’autorise la stase politique ; tout n’est pas dit non plus, et c’est l’indicible qui contrarie.
Mention spéciale à la scénographie qui, puisant dans un cadre minimaliste, rend plus flamboyant encore l’un des costumes à facettes qu’il porte. Un crescendo bien maîtrisé laisse l’acteur s’épanouir dans la danse, comme pour donner à voir sa forme finale : l’avènement de son identité, Zola l’artiste, Zola qui n’aura plus jamais à choisir entre les cultures.
Ils l’interrogeront, après la représentation, sur le mantra chuchoté toute la pièce durant — « garde le cap, tu as ton objectif dans ta poche » —, qu’il n’explicitera pas outre mesure. Il y a les choses qu’on explique et celles qui doivent s’explorer et se comprendre par soi-même. Ce leitmotiv revient tout au long des mouvements et donne de l’ampleur au dénouement, preuve d’une fine compréhension des enjeux du storytelling.
Jamais de condescendance face aux jeunes, pas même lorsqu’ils posent des questions plus décalées : il trouve toujours de quoi les relier au thème de la pièce, les identités qui nous traversent. Alternance des genres musicaux, passages rappés, danse… tout concourt à illustrer un certain syncrétisme.
Né de parents congolais, il tisse son fil autour du prénom : le prénom qui dit les origines, le prénom qui se fait réceptacle de toutes les discriminations, le prénom qui permet de faire perdurer l’héritage. La pièce est jalonnée d’extraits radiophoniques qui décryptent la sociologie des prénoms en France. Il le dit, et c’est palpable : l’autofiction prend source dans un profond sentiment d’injustice, une rage qui tient au corps mais cherche l’apaisement. Trois années de création pour faire catharsis, si bien que Forbon N’Zakimuena — ou plutôt Zola — a pu non seulement trouver la paix, mais aussi construire des ponts pour dialoguer avec les jeunes.
Après la représentation, ils lui demandent ce qu’il souhaiterait changer en France. Il explique qu’il aimerait déboulonner un certain nombre de statues, celle de Colbert, figure controversée liée à l’histoire de l’esclavage, par exemple. Quelques murmures choqués se font entendre dans la salle, face à une position jugée déjà trop politique. Mais la sympathie demeure, une connivence s’installe, si bien que tous les débats deviennent possibles. Et les enfants d’une société clivée retrouvent la voie du dialogue, preuve que tous les sujets peuvent être abordés, dès lors qu’ils le sont avec intelligence. Anaïs Lasvigne
Photo d'illustration : David Le Borgne



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