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Godspeed You ! Black Emperor : La quête de sens à travers la force collective

  • il y a 3 jours
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Je ne sais pas si on se rend bien compte de la chance qu'on a parfois. L'annonce de la venue de Godspeed You ! Black Emperor en France pour une date unique était déjà folle, mais le fait que tout ça ait eu lieu à Reims relève presque du miracle. Ainsi, mardi dernier, les rémois assez chanceux pour se retrouver entre les murs de la Cartonnerie ont pu découvrir les légendes du post-rock en live et (attention, spoiler !) assister à un concert absolument monumental.

Dès le début, le ton est donné. Les musiciens entrent en scène les uns après les autres. Pas de discours et à peine un signe de la main pour saluer le public, chacun se place à son spot et plus personne ne bougera tout au long de la performance du soir. Ici, c'est le son qui compte avant tout et il est clair qu'aucun membre du collectif montréalais n'est là pour se mettre en avant. L'art de Godspeed se révèle en fait à travers l'effacement des musiciens derrière quelque chose de plus abstrait et de plus puissant : l'émotion transmise par des morceaux joués de façon organique avec plein de nuance. On pourrait même se dire que l'idée derrière ce procédé est de proposer une sorte d'anti-show, car en refusant le jeu de la performance classique, c'est vers une transe collective que les artistes semble vouloir emmener tout le monde.


En effet, si Godspeed joue la carte de la sobriété totale quand il s'agit de la présence scénique des musiciens, c'est tout de même un concert épique qui s'est déroulé sous les yeux des rémois présents dans la fosse. Un concert porté par des morceaux de bravoure qui font s'entrechoquer passages aériens et rafales sonores monstrueuses rappelant que la réputation de GY!BE n'est pas usurpée en ce qui concerne l'intensité des shows. La musique du groupe est aussi implacable qu'énigmatique, aussi belle que violente et change de forme avec une fluidité remarquable en invitant le public à se laisser porter. Depuis la fosse, on se rend vite compte que ce qui est déployé sur scène ne peut d'ailleurs avoir pleinement de sens que si on accepte de s'y abandonner totalement. Une proposition artistique qui a vite été acceptée par le plus grand nombre permettant à Godspeed de transformer la Cartonnerie en un temple dans lequel se laisser happer collectivement par les compositions délirantes interprétées sur scène.


Certes, l'art de GY!BE a clairement un aspect apocalyptique alors que les guitares hurlent, le violon pleure et les amplis crachent tout ce qu'ils peuvent en encaissant les élans bruitistes du groupe qui apportent un côté furieux et imprévisible à la prestation. À travers cela, Godspeed semble reconnaitre le chaos du monde, mais refuse de s'y soumettre. Le message porté par les canadiens a toujours échappé au nihilisme, car leur œuvre a beau être sombre, elle est surtout révoltée, engagée et laisse entrevoir la possibilité d'un renouveau par rapport à ce qu'elle dénonce. C'est bien la force et l'ambition démesurée du projet qui se révèle ici : parvenir à plonger l'auditoire à un tel niveau d'immersion à travers la résonance émotionnelle de la musique qu'il n'y a même pas besoin de paroles pour que l'ensemble soit vecteur de sens. De ce côté-là les films en 16mm, projetés en arrière-plan et qui épousent les variations musicales à travers un montage bien senti, aident évidemment à rendre plus explicite ce qui se ressent déjà de façon plus abstraite lorsque l'on ouvre les oreilles en grand.


Néanmoins, toutes les bonnes choses ont une fin et alors que les musiciens sortent de scène aussi discrètement qu'ils y sont entrés, mais cette fois accompagnés par le plus pur chaos sonore, c'est avec la sensation d'avoir vécu une épopée terrassante que le public a également pu quitter la salle avec l'idée étrangement rassurante que la fin, ce n'est pas que la fin. La fin, c'est aussi la promesse de ce qui vient après. C'est peut-être ça Godspeed You ! Black Emperor, la bande-son parfaite pour rendre compte de ce qui doit prendre fin, tout en célébrant ce qui peut venir après. Remi Zackarius

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