top of page

Thylacine : Le tour du monde en 90 minutes

  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture
Un désir de déracinement, c'est ce qui guide la quête créative menée par Thylacine depuis le début de sa carrière. Que ce soit à bord du transsibérien, au cœur des dunes de la Namibie, en parcourant les routes d'Argentine dans sa caravane-studio ou à Versailles pour enregistrer le son des entrailles du château, depuis toujours le musicien nourrit son art d'un nombre incalculable d'influences et de nouvelles sonorités pour créer un style unique dans le paysage musical français. Bonne nouvelle pour nous, le temps d'un soir, il est revenu poser ses valises à la Cartonnerie pour la première fois depuis trois ans.

L'histoire de Thylacine, c'est une histoire de voyages et de mouvement. C'est la première évidence en découvrant son univers sur scène. Bien plus qu'un simple concept de surface, il s'agit plutôt ici d'une véritable profession de foi pour le compositeur. Derrière ses machines ou avec son saxophone, seul sur scène ou accompagné de son pianiste... En live la musique de Thylacine est marquée par l'idée d'un mouvement permanent et d'une recherche d'harmonie dans l'exploration de contrastes liés à des univers que l'on pourrait penser irréconciliables. Dans une grande salle pleine à craquer, le public rémois a donc pu faire l'expérience du mélange si particulier d'électro, de classique et de musique traditionnelle de Thylacine en naviguant pendant 90 minutes entre des morceaux minimalistes tirant vers l'ambient et des élans beaucoup plus rythmés taillés pour le dancefloor.


C'est ce mariage heureux d'influences qui impose d'entrée le concert comme une véritable célébration de la culture musicale mondiale et même si la présence scénique de l'artiste est marquée par une certaine retenue, c'est grâce à son talent sans borne qu'il parvient à tisser un lien entre l'expérience de ses voyages et le public. Cette humilité affichée rassure aussi grandement en le voyant sur scène, car c'est à travers elle que semble reposer le désir du compositeur de partager une musique libre et sans frontières plutôt que de verser dans un exotisme vain.


Le saxophone est omniprésent, mais le concert est aussi l'occasion de le voir se faire plaisir avec sa collection d'instruments


Malgré tout, cela ne fonctionnerait pas aussi bien si Thylacine n'était pas un véritable prodige musical. Autant à l'aise avec le côté électronique que lorsqu'il se saisit d'instruments classiques, l'angevin joue brillamment avec un nouveau contraste en embrassant son rôle de showman avec une modestie toute naturelle, mais en enchainant les prestations qui font éclater son immense talent. Évidemment le saxophone est omniprésent, mais le concert est aussi l'occasion de le voir se faire plaisir avec sa collection d'instruments récupérés aux quatre coins de la planète : saz et duduk en tête pour apporter des sonorités orientales qui renforcent encore plus l'invitation au voyage proposée par l'artiste. En somme, juste ce qu'il faut pour laisser la Carto monter en température sans forcer. C'est peut-être même là que se trouve la plus grande qualité de la prestation du soir, dans le fait que sa maitrise technique n'a rien d'ostentatoire, mais est, au contraire, au service de son projet musical. La musique de Thylacine est un carnet de voyage pour les oreilles, capable de peindre des paysages sonores de façon particulièrement frappantes.


Enfin, il faut bien parler de la scénographie générale, car si le show est avant tout un plaisir pour les oreilles, les yeux ne sont pas en reste tant il semble avoir été pensé pour être une expérience sensorielle à plusieurs niveaux. Tout au long du concert, le public a pu savourer, sur toute une série d'écrans disposés sur scène, les magnifiques images tournées par la partenaire de Thylacine, la photographe et documentariste Cécile Chabert. Bien plus qu'un simple décor, ces images soigneusement choisies opèrent comme un véritable prolongement de l'expérience. Les visuels et la musique se rejoignant dans une relation symbiotique.


L'histoire de Thylacine est donc une histoire de voyage et de mouvement. À partir de ce constat, difficile de ne pas saluer la grande réussite du show présenté à la Cartonnerie et de ne pas être admiratif devant le savoir-faire déployé par un artiste qui nous a rappelé, le temps d'un concert, qu'il est possible de voyager autrement que physiquement. Une belle victoire pour les musiques du monde en somme et un beau cadeau pour le public rémois.


Remi Zackarius

Commentaires


bottom of page