Georgio à la Carto pour une thérapie artistique
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Il ne s'est écoulé que deux ans depuis la dernière venue de Georgio à la Cartonnerie et pourtant, c'est, de son propre aveu, un homme différent et à l'ambition renouvelée que le public a pu retrouver sur la scène de la grande salle. En effet, depuis la tournée "Années Sauvages", il est passé par le pire avec le décès de son père. Un événement qui l'a presque poussé à arrêter sa carrière avant de finalement faire le choix d'affronter le deuil frontalement dans sa musique. C'est dans ce contexte, impossible à ignorer, que Georgio est venu défendre son dernier album Gloria en terre rémoise.
Ceux qui suivent sa carrière de près le savent, le rappeur parisien aime autant la discrétion que l'indépendance. Sur le papier, la Carto semblait donc représenter un écrin parfait pour qu'il puisse pleinement s'exprimer. Une discrétion et un besoin d'indépendance qui se traduisent par une simplicité salutaire exprimée dès le début du concert. Pas d'effet de mise en scène ostentatoire, ni de grande déclaration pour commencer, mais au contraire une entrée sur scène sobre, Georgio accompagné de ses deux excellents musiciens et d'un petit jeu de lumières, au service de titres qu'une bonne partie de la fosse connait déjà par cœur. Il ne faut malgré tout pas longtemps pour s'apercevoir qu'il est un artiste qui continue de grandir, et de mûrir par la même occasion, en étoffant sa musique de nouvelles sonorités dans une setlist où les morceaux choisis (les récents comme ceux des anciens albums) s'imposent d'eux-mêmes au sein d'une expérience authentique et pleine de sens thématiquement.
il suffit de tendre l'oreille et d'écouter pour constater à quel point le natif de la Seine-Saint-Denis est doué pour lier l'intime et l'universel dans ses textes
Tout au long du concert, il suffit de tendre l'oreille et d'écouter pour constater à quel point le natif de la Seine-Saint-Denis est doué pour lier l'intime et l'universel dans ses textes. Des textes qui prennent encore plus vie à travers le charisme d'un rappeur qui semble plus que jamais faire confiance à son naturel pour délivrer une performance remarquable. Pas de longs discours ici, peu de temps morts d'ailleurs, le strict minimum de côté-là même, et la musique d'abord comme il finira par l'admettre. C'est largement assez pour tout comprendre et pour tout transmettre. Même si la candeur si marquante dont a toujours su faire preuve Georgio est désormais enveloppée d'une douleur et d'une mélancolie diffuses, c'est aussi un artiste résolument en paix avec lui-même qui se trouve face au public du soir.
Il y a chez Georgio cet étrange mélange d'innocence et de sagesse par-delà son âge qui fait que, lorsqu'il vise juste, ses textes parviennent à toucher directement au cœur et il n'y a rien de plus libérateur qu'un artiste qui sait débloquer des émotions avec une sincérité bien réelle en live. L'art de Georgio apparait à présent comme étant le résultat d'une révolte apaisée. C'est peut-être paradoxale, mais c'est ce qui se dégage de sa présence scénique. C'est ce numéro de funambule sur scène entre l'expression d'une rage d'être spectateur d'un monde qui brûle et la sérénité d'être ici complètement à sa place le temps d'un show qui fait mouche. Ainsi tout au long du concert, une évidence s'impose : la force de la révolte de Georgio tient dans la manière dont elle s'exprime, car ce qui saute aux yeux, et aux oreilles, c'est avant tout un désir de vivre. L'avantage pour le public, c'est que vivre, comme ça en musique, c'est sacrément contagieux. C'est désarmant aussi pour qui assiste à tout ça en parvenant à s'abandonner et à se laisser porter même l'espace d'un court instant.
une évidence s'impose : la force de la révolte de Georgio tient dans la manière dont elle s'exprime
Désarmant au point que, je l'avoue, les mots me manquent un peu pour conclure, j'espère que Georgio ne m'en voudra donc pas d'emprunter les siens qui, après tout, sonnent mieux que les miens. Alors "Si le temps n'emporte rien...", ni les peines, ni les malheurs, ni le poids terrible du monde, "... tous nos souvenirs, j'emporterai" et c'est toujours ça de pris. Merci pour les souvenirs Georgio, merci pour la transmission, et à la prochaine ! Dans pas trop longtemps, si possible.
Remi Zackarius



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