Interview : Oxmo Puccino, ses influences, ses inspirations, son évolution
- Sébastien gomes
- il y a 2 jours
- 6 min de lecture
Ce samedi 31 janvier, la Cartonnerie de Reims accueillera le poémien et pillier du rap français : Oxmo Puccino. Cet artiste originaire du Mali sʼest dès le début de sa carrière fait connaître pour sa plume fine et aiguisée qui peut toucher nʼimporte quel cœur, notamment grâce à son premier album solo Opéra Puccino en 1998. Et à lʼoccasion de la sortie de son dernier et ultime album La hauteur de la lune sorti en octobre dernier, le voilà parti pour une grande tournée en francophonie. Et pour son escale à la Carto, Oxmo Puccino a accepté de répondre à quelques une de mes questions.
Ça fait longtemps que t'es dans le milieu, quel regard tu portes sur l'évolution du rap ?
Le rap fait sa mue au même titre que tous les courants musicaux issus de la contre-culture. Il se transforme, se métisse, explore d'autres chemins. Je suis heureux de voir tant de gens touchés par cette musique, de noter qu'elle rassemble tant de gens en concert et qu'elle réunit désormais toutes les générations. Jamais je n'aurai cru cela possible il y a 30 ans.
C'était quoi tes inspirations au début de ta carrière ?
A la maison j'étais bercé entre la musique de mon pays le Mali, je pense par exemple à Ali Farka Touré, et dans la rue chez les copains les plus pointus on voyait déjà poindre la vague américaine avec ces artistes comme Biggie par exemple, et le jazz aussi parce que bien avant le rap il était porté par des figure emblématiques issues eux aussi de la contre culture, je pense par exemple à Billie Holiday.
Le nouveau rap de maintenant, il t'inspire quoi ?
Je sais pas ce que ça veut dire le nouveau rap. Comme je vous disais, le rap s'est transformé. Peut-on vraiment comparer Jul à Alpha Wann? Hamza à Ziak? Orelsan à La Fève? L'an passé, j'ai sorti une mixtape avec plein d'artistes issus pour l'essentiel de la nouvelle génération. Là encore c'était volontaire de ma part de convier des artistes aussi différents que Jok'air, NES, Maïro, Zinée etc...Le niveau technique est incroyable, après ce qu'il va rester c'est le fond, le propos et donc du coup le travail. Le souci n'est pas la qualité ou le niveau des artistes, c'est la nécessité de prendre conscience que c'est du travail d'une part et de bien savoir s'entourer.
T'es toujours autant stressé avant de monter sur scène ?
Il y a bien longtemps que je ne stresse plus. J'ai connu une époque où on avait même pas d'endroit pour jouer. Maintenant on est programmé dans les salles, dans les festivals, le public répond présent...Quelle chance!! Alors mon objectif c'est au contraire de savourer, ne pas passer à côté de l'instant qui nous est offert de rencontrer le public et de kiffer!
J'écris beaucoup. Tous les jours. C'est quelque chose qui ne m'a jamais quitté
C'est quoi ton habitude de création qui n'a jamais changé pendant toute ta carrière ?
J'évite de tomber dans des routines qui pourraient rapidement se transformer en piège. J'écris beaucoup. Tous les jours. C'est quelque chose qui ne m'a jamais quitté. Cela m'évite aussi de me retrouver face au syndrome de la page blanche lorsque vient le moment d'écrire des chansons. J'évite d'être dépendant d'un contexte. Je marche, je fais du vélo, je prends le métro, je m'arrête, j'observe la vie autour de moi. Je rencontre, j'échange. J'essaie aussi d'en apprendre plus sur la musique et les musiciens en m'initiant à des instruments. J'ai commencé par la basse, puis la guitare, le piano et même le trombone. Ce que je préfère c'est découvrir, apprendre...c'est quelque chose qui bouscule forcément les habitudes.
Plutôt grande salle ou petite scène ? Pourquoi ?
Je pense que ma musique se prête plus à la proximité des petites salles. Après je vous dis cela, je viens de faire l'Adidas Arena à Paris, j'adore les festivals etc...Mais là encore au-delà de grandes ou des petites salles ce qui compte, c'est surtout la manière dont elle sonne, son acoustique ...mais aussi l'atmosphère, ce truc invisible que l'on ressent quand on met les pieds dans un lieu.
La Cartonnerie est l'une des meilleures salle de France dans sa catégorie
T'étais déjà venu jouer a Reims ?
Bien sur. Chaque fois que je pars en tournée, je passe par la Cartonnerie. J'en profite d'ailleurs pour remercier les équipes de cette salle qui nous ont toujours bien accueillis. C'est une des meilleures salles de France dans cette catégorie. C'est une salle avec une histoire, une identité défendue depuis des années.
Le morceau dont tu es le plus fier ?
Très difficile de répondre à cette question. J'assume chaque chanson. Il est évident qu'on ne raconte pas les mêmes choses à 20 ans ou à 50. Du coup je répondrai celle par qui tout a commencé: MAMA LOVA.
Le morceau de ta disco dont les gens ne parlent pas assez selon toi ?
Très bonne question. A force d'années, de concerts, de rencontres, je m'aperçois qu'avec mon public on est relié de tant de manières différentes. Il y a ceux qui n'ont jamais passé le stade d'Opéra Puccino, ce que je comprends et respecte sans souci, ceux qui m'ont découvert à travers Lipopette Bar, mon album chez Blue Note, d'autres qui ne m'écoutaient pas et qui sont venus à ma musique via les concerts....Tant de portes différentes, de gens d'âge et d'horizons différents qu'il est très difficile de te dire un titre comme ça. Mais s'il faut répondre, je dirai surement un morceau de L'amour est mort, Mines de Cristal que je chéris ou Demain Peut-être que j'écoutais récemment et dont le propos est plus que jamais d'actualité.
Si tu devais choisir un seul son que tu joueras sur scène jusqu'à la fin ?
Indéniablement L'enfant seul.
Le featuring de ton dernier album que tu préfères ? Et pourquoi ?
Je peux pas choisir entre mes enfants lequel j'aime le plus. Je les aime tous car ce ne sont pas des feat de circonstance, des feat calculés. Ce sont des choix artistiques, des rencontres, une envie de figer notre amitié en musique.
Vanessa (Paradis, ndlr) on se côtoie depuis quelques années quand le texte de la hauteur de la lune est arrivée, c'était elle ou personne d'autre. Tuerie, je suis son premier fan. Il était déjà venu sur la mixtape avec Luidji. On l'a appelé un jour en cata alors qu'on venait d'enregistrer Magique, il venait à peine de se réveiller, deux heures après le morceau était fait. Josman, c'est un des artistes de la nouvelle génération que je préfère. On ne se connaissait pas. On a passé une journée à discuter de la vie, il a écouté le titre et voilà comment est né 2cm à l'heure. Et Claude MC, c'était un rêve. C'était le bon moment sur cet ultime album et il m'a fait ce cadeau.
Dans ton dernier album tu parles de la paternité dans un ton très personnel, comment s'est passé la création de ce son ?
C'est une chanson après laquelle je cours depuis très longtemps. Au début de ma carrière j'avais fait Mama Lova. Je voulais rendre hommage aux hommes, aux pères que nous sommes avec tous nos défauts. Une déclaration pudique autant à ma fille qu'à mon défunt père. On était presque à la fin de l'album. La chanson ne faisait pas l'unanimité tout simplement parce qu'on avait tous conscience de son importance. On ne voulait pas la gâcher. Et soudain, Epektase - PProd et Pandrezz m'ont fait écouté une prod, je leur ai demandé à rentrer en cabine. J'ai posé le texte en une prise dans un silence religieux. Ainsi est né la Fête des pères.
La critique qui t'énerve le plus ?
Je ne lis pas les critiques, elles me coulent dessus. Elles sont souvent le reflet de la frustration de ceux qui les émettent. Je m'attarde sur ceux qui veulent construire, ceux qui veulent avancer, faire des choses. Devenir artiste c'est aussi accepter d'être exposé, d'être critiqué. Après tout chacun est libre de se faire un avis sur ma musique ou sur l'homme que je suis. C'est humain. Pour ma part, je me concentre sur le bon, le bien. Je m'évertue chaque jour à devenir quelqu'un de meilleur, de moins en colère. Comme dirait Dinos "on s'facilite la mort Quand on s'complique la vie mais l'bonheur est dans les choses simples"
Le meilleur compliment que l'on puisse faire sur ta musique ?
Plus qu'un compliment je dirai un mot: Merci. Derrière ce mot se cache un compliment pudique, forcément personnel. Il me réchauffe le cœur chaque fois qu'il m'est adressé.
On se donne donc rendez-vous ce samedi 31 janvier à partir de 20 heures à la Cartonnerie pour ce concert qui s'annonce percutant, technique et poétique.
Interview réalisé par Van de Walle Lisa pour BOkAL
Photo de couverture : Jérémy Beaudet